Châteldon, et vers l'infini

Construire la résilience avec le territoire qui nous environne


Pas de bunker à Doubaille, je l'ai déjà dit mais c'est capital d'insister : si le projet peut être original et intéresser du monde, il ne se conçoit pas sans un maillage de liens, de projets, d'expérimentations avec le territoire environnant. Cela part du voisinage direct, celui du village qui m'abrite et m'accueille - Châteldon - jusqu'à l'ensemble de la communauté de communes qui est un périmètre d'action très pertinent., sans oublier le travail avec les acteurs associatifs et privés

Mon approche, très personnelle et géométrique, est celle de quatre "cercles d'action" concentriques

Cercle 1 : la commune

En parallèle du lancement du chantier de la paillourte, et surtout à partir de novembre, je commencerai à habiter réellement à Châteldon, au moins quelques jours par semaine. J'ai compris, assez tardivement à vrai dire, qu'il est capital de ne pas débarquer avec ses gros sabots de citadins (enfin, avec ses grosses converses) à la campagne en disant "ok on va faire ça et ça et on sera résilient". J'avais peut-être un peu, beaucoup, tendance à faire ça récemment, mais un échange avec un ami qui avait entrepris la même démarche m'a ouvert les yeux : d'abord arriver, commencer à habiter le territoire, prendre le temps de connaître les gens, de les rencontrer, de donner des coups de main, de participer à des apéros, des repas, des petits chantiers, des fêtes... et, à un moment, si l'Univers le veut bien, le lien commencera à se tisser et la confiance à se matérialiser.

Le bourg médiéval de Châteldon, bien sympathique :)

A Châteldon, j'ai déjà pu faire de nombreuses belles rencontres. A commencer par Tony Bernard que je connaissais et appréciais déjà à travers une interview réalisée pour Tikographie en 2022. Tony m'a orienté vers ce terrain à vendre quand je lui ai parlé de mon projet "buron" en 2023, et c'est donc clairement grâce à lui que je suis ici. Sa capacité d'écoute et d'accueil, sa sensibilité aux projets innovants et même ambitieux - notamment dans les domaines environnement/résilience - m'ont très vite convaincu que Châteldon était le bon endroit pour s'implanter.

Par la suite, avec l'aide de Tony ou tout seul comme un grand, j'ai rencontré d'autres membres du conseil municipal, des agents de la municipalité, des artisans, des habitants... je ne peux pas les citer toutes et tous mais ils se reconnaîtront et je leur adresse mes sincères et chaleureux remerciements car ils m'ont très souvent aidé ou soutenu bien au-delà de mes espérances. Ca fait un peu guimauve mais c'est vrai : l'accueil local a été incroyable, et chaque jour qui passe me le confirme.

Alors, comment mieux s'implanter à Châteldon ? Au-delà du caractère participatif, ouvert, documenté et même (partiellement) partagé de Doubaille, je réfléchis à différentes manières de partager la vie locale. Cela se fait simplement en participant à des fêtes de village, en donnant des coups de main si je peux, en étant bénévole sur certains événements associatifs (et ils sont nombreux). Et, petit à petit, en passant du temps avec les gens (autour d'un verre de vin, d'un thé, d'un viandox, d'une tarte veggie ou d'un pied de cochon)

Cercle 2 : l'intercommunalité

Si je suis la logique d'Arthur Keller déjà présenté dans un chapitre précédent, la "masse critique" territoriale pertinente pour travailler la résilience se situe plutôt à l'échelle de l'intercommunalité - plusieurs dizaines de milliers d'habitants en un maillage démographique léger et au sein d'un territoire rural.

C'est pourquoi je me suis tourné assez vite vers l'intercommunalité Thiers Dore Montagne (TDM), qui englobe Châteldon et Thiers, notamment. Présidée par Tony (une chance), TDM est donc pour moi le périmètre d'expérimentation idéal. J'y agis en tant qu'acteur privé, individu souhaitant oeuvrer avec les acteurs du territoire - publics comme privés - et pour l'instant, je peux le faire de manière bénévole (j'ai bien conscience que la légitimité de n'importe quelle action est un sujet sensible, surtout quand on arrive un peu de nulle part, ou de Beaumont, comme c'est mon cas).

Depuis janvier 2025, j'anime un groupe de travail informel sur la résilience territoriale avec quelques élus et agents de TDM. Avec Tony mais aussi Rachel Bournier - maire de Sauviat et vice-présidente à la transition écologique - notamment, nous arrivons à nous réunir à un rythme à peu près mensuel pour parler de ces sujets, étudier des pistes de réflexion, échanger avec des acteurs inspirants (autres élus d'autres territoires, chercheurs, consultants, associatifs). Nous avons ainsi rencontré, en visio, des personnes comme Guillaume Faburel (géographe spécialiste des exodes urbains), François Thomazeau (expert "budget vert" à l'I4CE), Emmanuel Bonnet (enseignant-chercheur sur les modèles économiques de l'anthropocène à Clermont School of Business) ou encore les Shifters Auvergne (association accompagnant les collectivités sur la décarbonation)

Et, début octobre 2025, premier temps fort rendu possible par ce petit groupe de travail : la venue d'Arthur Keller à Thiers, que je suis heureux d'avoir facilitée par la mise en relation initiale et par mon rôle de taxi depuis la gare de Clermont. Cet événement sur deux jours - jeudi soir pour la conf, vendredi matin pour l'atelier - était conçu comme le lancement de la révision du "projet de territoire", document structurant de TDM pour sa stratégie territoriale. Ce document existe en "version 1" mais il peut en effet être revue à l'aune des enjeux de résilience et des nouveaux risques systémiques. J'espère y participer sur les quelques années à venir, autant au niveau de la "mise à jour" que de son application concrète.

Avec Tony, Arthur et Caroline devant TDM
image IMG_20251010_144002.jpg (0.3MB)
Photo souvenir post atelier avec (de droite à gauche) Caroline Dalet, directrice du Centre Social Intercommunal ; Tony Bernard ; Arthur Keller ; et... moi)

Précisons que l'intercommunalité sera bien sûr dépendante des résultats des élections municipales de mars 2026. Comment dire... j'espère de tout coeur que la volonté actuelle de développer une stratégie de résilience territoriale sera poursuivie et déployée tout au long du mandat à venir, soit 2026-2032. Six ans pour aboutir à quelque chose de visible, de mobilisateur, peut-être même d'efficace... il faudra bien cela.

Cercle 3 : le territoire et ses associations

Mais tout ne se passe pas au niveau de l'intercommunalité. De par ma formation et mon expérience, j'ai eu la chance de pouvoir parler avec plusieurs types d'acteurs locaux, habitants, agriculteurs, agents publics, chefs d'entreprise, académiques ... mais j'ai un faible pour les acteurs associatifs, ayant moi-même participé ou initié plusieurs projets de ce type.

Les assos sont les structures porteuses de projets les plus simples à monter pour des citoyens. J'allais dire "deux potes autour d'une bière" mais c'est un peu réducteur, ça peut très bien être autour d'une limonade. En tous cas, beaucoup de projets locaux et citoyens ont vu le jour de cette manière, et représentent souvent un bout de la réalité d'un territoire - une passion pour le basket,
une tradition de chasse au sanglier, un défilé annuel avec des chars en papier mâché...

Dans les préconisations d'Arthur (auxquelles je reviens souvent, mais elles structurent mon action à ce jour), l'émergence de nombreuses initiatives locales portées par les citoyens est capitale. Les collectivités, les entreprises, le groupe Bilderberg (non, pas le groupe Bilderberg) ont leur rôle, mais les associations porteuses de micro-projets de résilience territoriale doivent vraiment être favorisées. Simplement parce que ce sont des moyens d'expérimentation, de reliance, et de construction de la confiance. Tous ces projets ne vont pas forcément durer très longtemps, mais ils laissent toujours des traces positives et indispensables à la cohésion du territoire dans les temps compliqués qui arrivent.

Le dernier festival des Monts qui Pétillent, en avril 2025, a porté pendant trois jours sur les problématiques d'alimentation en zone rurale
Le dernier festival des Monts qui Pétillent, en avril 2025, a porté pendant trois jours sur les problématiques d'alimentation en zone rurale
Le dernier festival des Monts qui Pétillent, en avril 2025, a porté pendant trois jours sur les problématiques d'alimentation en zone rurale

Cette intro est un peu longue mais je vous aime bien : tout cela pour dire que j'ai été accepté au sein du conseil d'administration de l'association **Les Monts qui Pétillent** en mai 2025. Cette asso a vu le jour dans la montagne thiernoise - donc autour de Viscomtat/Noirétable, entre le Puy-de-Dôme et la Loire - en 2019/2020. Depuis, elle regroupe des habitants de ces territoires ruraux parfois assez isolés, composés de villages et de toutes petites villes, et qui se questionnent sérieusement sur leur devenir.

Les Monts qui Pétillent, c'est donc une manière de réfléchir ensemble, de se serrer les coudes et de passer à l'action sur des sujets tels que la mobilité, l'alimentation, les seniors, l'écologie, le bien-être... l'asso fait beaucoup d'"éducation populaire" et de sensibilisation, organise des festivals, des ateliers, anime un tiers-lieu à Noirétable, répond à des appels à manifestation d'intérêt... ses membres se bougent pour trouver des solutions, dans la mesure du possible en lien avec les collectivités locales (communes et intercos), même si le lien n'est pas toujours facile - on parlait de légitimité un peu plus haut, on est en plein dedans.

La clé, je trouve, est que l'on parvienne à bien travailler ensemble, assos, collectivités, entreprises, habitants, en reconnaissant là où on peut être complémentaire. Parce qu'avec ce qui arrive, ce serait une assez mauvaise idée de faire autrement.

Cercle 4 : le média local

C'est le petit dernier des projets (car j'avais peur de ne pas en avoir assez 😶‍🌫️) : il s'agit de monter un petit média local - sur le territoire de TDM - ayant pour but d'encourager et d'aiguilloner la résilience territoriale. Dans un premier temps, il s'agirait de suivre l'émergence de cette stratégie au niveau de TDM, notamment à travers la refonte du Projet de Territoire déjà évoquée. Par exemple avec des sujets telles que : comment est élaboré le projet, qui y participe, comment sont "budgétées" (en euros et aussi en moyens humains ou matériels) les actions, avec quels indicateurs... et comment tout cela se concrétise. Et, si ça ne se concrétise pas, ou mal, pourquoi ? Et comment améliorer la situation ?

Bref, plein de questions qui tourbillonnent telles les bulles d'une caisse de limonade tombée de l'étagère. Oui, j'aime la poésie.

Ce projet est donc tout récent et encore difficile à décrire plus en détail. J'ai conscience de plusieurs défis, à commencer par le temps disponible mais aussi l'indépendance vis-à-vis de TDM (pas difficile en termes structurels et financiers si le média est porté par une asso ou une petite entreprise, mais plus délicate autour de ma personne si je suis à la fois le journaliste animateur du média et un participant au même projet de territoire côté TDM. Si je commence à me parler à moi-même avec deux voix différentes, faites-moi signe).

Là aussi, à suivre, comme je conclus souvent mes chapitres sur ce site. Beaucoup de choses se décanteront dans les mois et années à venir. Je serai de toute façon heureux de vous en parler sur ce site, dans la newsletter, (un peu) sur Instagram, et (de préférence) autour d'un verre ou d'une boisson chaude à Doubaille, Châteldon, Noirétable ou Thiers.

En attendant que tout cela se décante, je suis vraiment heureux d'avoir trouvé un cadre de vie et de travail qui semble idéal à Châteldon. Il y aura bien sûr des déconvenues et des difficultés, mais le départ est prometteur, et pour l'instant tout se passe bien. J'espère garder la banane au fil de mes podcasts et de mes posts sur le projet Doubaille.

Merci en tous cas de votre intérêt qui me touche. Vous pouvez me contacter, me rejoindre pour un chantier, m'envoyer un conseil dans la rubrique "Interagir", je suis toujours preneur :)