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Un chêne, un semi-cerisier, trois ânes : le coup de coeur


Quand on cherche un endroit pour se poser et commencer à faire sa petite résilience, faut-il regarder le dernier épisode de "Chasseurs d'apparts" sur M6 ? Plutôt non, car la réponse tient autant dans la qualité du bien trouvé que dans l'environnement humain et sociétal qui l'accompagne.

L'ancrage

Le 8 mai 2023, je débarque à Châteldon. Je connais déjà un peu ce village de 800 habitants niché au pied de la montagne Bourbonnaise, non loin de Puy-Guillaume, entre Thiers et Vichy. Tony Bernard, son maire, est un ami : il m'accueille dans son superbe verger qu'il entretient amoureusement et dont nous faisons le tour comme à chaque fois, sécateur en poche.

Tony est non seulement maire de Châteldon depuis environ 25 ans - tout de même, alors qu'il en avait à peine 50 en 2023 ; il est aussi un élu local très engagé sur l'environnement et l'adaptation de sa commune au dérèglement climatique. A l'époque, il avait lancé une initiative de rachat de parcelles privées forestières autour du bourg afin de prévenir le risque incendie. Il avait aussi équipé la commune en récupérateurs d'eau de pluie, renaturé les berges du Vauziron - la petite rivière qui traverse Châteldon - ou encore planté des centaines d'arbres pour faire face à l'îlot de chaleur dans les ruelles médiévales du village. Je l'avais déjà interviewé en 2022 pour Tikographie et j'avais constaté son engagement.

Je lui parle alors du "buron" à Tony. Pourquoi ne l'avais-je pas fait plus tôt ? Il m'a sans doute fallu plusieurs visites infructueuses pour comprendre l'importance de la collectivité environnante et de son élu principal dans le cadre de mon projet. Bref, vous l'avez déjà compris, sagace comme vous êtes : Tony me répond "mais on a des terrains à vendre, ça tombe bien !"

Ni une ni deux, il m'emmène à 500 mètres voir un lotissement dont les parcelles n'avaient pas trouvé preneur depuis quelques années. Pourtant elles me semblaient bien, ces parcelles (elles le sont toujours, sauf si elles sont construites sur un cimetière navajo, je ne sais pas encore). Je décide d'en acheter une d'environ 1200 mètres carrés pour 25 000 € tout compris. Ce sera "Doubaille", nom choisi en souvenir d'une vieille pub Voyages SNCF qui m'avait bien fait rigoler, et surtout pour faire un pied de nez à son antithèse, une des villes les plus bétonnées, artificielles et symboliques de l'hubris contemporain. Je vous laisse deviner laquelle*

L'emplacement de Doubaille à Châteldon

Présentation du terrain

Doubaille est constitué de deux parcelles accolées. Elle a la forme d'un rectangle allongé, 15 mètres de large pour 80 de long. Le terrain est en pente irrégulière avec 10 mètres de dénivellé. C'était une ancienne vigne, remplacée par un potager, recouverte par une friche, transformée en pâturage : rien n'y a donc été construit, mais je ne sais pas non plus précisément si des produits phytosanitaires y ont été utilisés. On verra bien, mais au pire cela fait 15 ou 20 ans que rien de chimique n'a été introduit ici.

L'orientation est Sud-Sud-Ouest, avec un horizon très dégagé et très beau comme ces photos en attestent formellement. Une fois les ânes - qui faisaient office de tondeuse pour la mairie - éloignés par une clôture, le terrain a été envahi d'une végétation diverse, mêlant ronces, orties, plantes grasses, herbacées et zones plus sèches voire caillouteuses. Un chêne de taille moyenne mais sympathique et un cerisier dont l'écorce a servi de casse-croûte aux ânes y trônent, un peu esseulés.

Vue depuis l'entrée rue du Stade, en contrebas. Le chêne de droite et le cerisier sont sur la parcelle.

Le sous-sol est clairement aquifère, avec plusieurs zones nettement humides (présence de plantes grasses, sol facilement spongieux même plusieurs jours après les pluies) et un drain posé précédemment par la mairie qui alimente une petite mare artificielle non loin. La terre, elle, est moyennement argileuse.

Enfin, l'environnement direct est assez calme, on ne va pas se mentir. Rien sur les parcelles mitoyennes à part un verger communal et un terrain toujours en vente, dans les mêmes conditions que le mien si ça vous dit de venir voir. Sophie et Thibault sont mes voisins les plus proches, on s'entend bien, c'est chouette. Georgina a un projet d'habitat inter générationnel juste au-dessus. L'ancien stade de Châteldon s'étend en contrebas, de l'autre côté de la rue qui se termine un peu plus loin sur un petit site industriel. La mairie et l'église du village sont à 5 minutes à pied. Le tout à 300 mètres d'altitude environ : rural, mais pas trop isolé non plus. Parfait pour mon projet.

Vue du haut de la parcelle. Au vu de la végétation, le sol alterne entre zones sèches et zones plus humides

Le lotissement lui-même, dont je fais en principe partie, était initialement présenté comme un "éco-quartier" conçu par le cabinet de l'architecte Boris Boucher - que je n'ai pas encore pu rencontrer à l'heure où j'écris ces lignes. Il est situé en "zone ABF" (Architectes Bâtiment de France), c'est à dire dans un secteur où des règles spécifiques s'appliquent au regard de l'impact patrimonial du bâti. Nous verrons que c'est un critère vraiment important quand on veut faire autre chose qu'un pavillon Phénix (ce qui est de toute façon souhaitable).

Il faut donc se donner du temps pour trouver le bon terrain. Mais c'est surtout l'environnement - la communauté des gens engagés et avenants sur les sujets environnementaux, avec en premier lieu le maire - qui m'ont fait me décider pour Châteldon. Même si les points "techniques" du site étaient tout à fait acceptables (eau, terre, orientation, desserte). On verra plus tard que le sujet des ABF reste tout de même un point délicat à bien considérer.

Et donc, qu'est-ce que je vais pouvoir construire là-dessus ? Réponse au prochain épisode.

*non, ce n'est pas Bourg-en-Bresse.